A l'occasion de la sortie de "Dead New World", Christian Machado a pu se confier sur le site radiométal.com à la fin 2010, un entretien très interressant d'autant que le groupe se fait rare sur la presse/web francophone ces derniers
temps...
Cristian Machado est un très bon client des interviews. Lorsqu’on lui pose une question, il prend une longue inspiration, réfléchit, dit tout ce qui lui
passe par la tête à la manière d’un brainstorming et fait de son mieux pour exprimer le plus clairement son idée. On est loin des réponses toutes faites, préparées en amont de certains. Et,
cerise sur le gâteau, il agrémente volontiers ses réponses d’anecdotes personnelles et n’a pas peur de parler à cœur ouvert.
A Radio Metal, nous aimons ces interviews qui, à l’instar de celle d'Arjen Lucassen, dégénèrent. Ainsi, en
plein milieu d’interview, nous avons ouvert une longue parenthèse sur l’enfance de Cristian qui nous en aura fait un récit touchant. Sans attaches, ballotté de pays en pays, ignorant l’identité
de son père, le petit Cristian avait découvert avec émerveillement un disque d’Iron Maiden. Il s’en souvient comme si c’était hier et nous raconte tout. Et cette parenthèse qui nous aura permis
de débattre sur ce qui nous pousse à écouter du metal, ce qui n’a finalement pas grand-chose à voir avec Ill Nino, s’avère être le passage le plus passionnant de cette interview.
[NDLR : à propos de la vidéo d'Against The Wall]« Les bois représentent cet endroit sale où tu ne peux pas être jugé, cet endroit où l’avis des autres ne compte pas, peu importe ce que
tu as fait, ce que tu as vécu. Acceptation et désolation, c’est ce que les bois représentent. «
Vous avez quitté Roadrunner en 2006. Plus récemment, c’est aussi ce qu’ont fait Daath et Cradle Of Filth pour aller dans des maisons de disque plus
modestes. Paul Allender de Craddle nous a dit il y a quelques semaines qu’ils préfèrent être un gros poisson dans une petite mare qu’un petit poisson dans une grosse mare. Es-tu d’accord avec
cette phrase ?
C’est marrant qu’il ait dit ça. Je crois que je suis à la fois d’accord et pas du tout. Tu ne veux pas être un requin dans un étang, tu pourrais ne pas
survivre. Ce n’est pas vrai à 100% mais je peux être un peu d’accord avec ça.
Est-ce un mauvais calcul de signer chez Roadrunner alors qu’on n’est pas encore un « gros poisson » ? Ne peut-on donc pas compter sur Roadrunner
pour faire grossir un groupe et, par conséquent, faut-il attendre d’être vraiment très vendeur pour envisager une collaboration avec eux ?
Pour nous, quitter Roadrunner était une manière de nous étendre un peu plus. Mais Roadrunner est un bon label. Ils sont très professionnels. Comme le dit le
guitariste de Cradle of Filth, il y a beaucoup de groupes chez eux et ils vendent des millions d’albums chaque année. Ce n’est pas vraiment une compétition musicale mais de business. Tu as en
permanence des paliers à atteindre : la barre du million, puis des deux millions, cinq millions d’albums vendus, etc. C’est un label très professionnel qui essaie juste de toucher un très
large public. Et d’un point de vue business, ils font les bons choix.
Je crois que ce qu’il voulait dire, c’est que Roadrunner s’occupe très bien de ses gros groupes, Slipknot, Dream Theater, etc. mais qu’ils se fichent des
autres groupes. C’est pourquoi Cradle Of Filth l’a quitté et est passé chez Peaceville Records pour avoir plus d’attention, plus de promotion pour leurs albums, etc.
Ouais, c’était un peu la même chose quand Chimaira est parti de Roadrunner. Ils ne se sentaient pas assez pris en charge par le label et c’était un sentiment
assez similaire pour nous. La seule différence est que Chimaira est parti pour raisons personnelles. Je crois qu’ils voulaient être sur un label vraiment indépendant. Quand nous avons quitté
Roadrunner, nous venions de jouer pour le Roadrunner United Record et toute leur attention était fixée là-dessus. Notre album est sorti quelques semaines après et nous n’avons pas vraiment eu le
soutien espéré. Donc je vois ce qu’il veut dire oui…
Parlons un peu de votre nouvel album. Est-ce que son titre, Dead New World, représente un certain rejet de la modernité de votre part
?
Non ! C’est plutôt un rejet de ce que nous avons vécu ces cinquante dernières années, selon moi. Ça représente la mort de cette vieille façon de penser et la
naissance d’une nouvelle façon de penser à travers laquelle on peut progresser et sortir notre esprit de notre cul ! Dead New World est une représentation du monde d’aujourd’hui, de la façon dont
nous vivons depuis peu. On a l’impression que les humains sont devenus fous. Si tu regardes de l’extérieur les choses que nous faisons, les manières que nous avons de traiter les gens dans
d’autres pays, les manières par lesquelles nous nous laissons diviser….
Le thème de la mort revient souvent dans le nouvel album Dead New World que ce soit dans le titre ou dans plusieurs morceaux : « God Is Only For the
Dead », « Killing You, Killing Me ». Pourquoi cette prééminence ?
Eh bien, parce que je crois que les gens peuvent voir la mort comme quelque chose de très négatif. Tu vas me dire que je suis un psychopathe obsédé par la mort.
Pas que je veuille aller la chercher, bien sûr, mais la mort peut-être grande dans certains de ses aspects. Par exemple, quand une forêt est brûlée, cette mort débouche sur la naissance de choses
nouvelles. Lutter, se débarrasser du passé, être capable d’avancer… Le concept de l’album, c’est cette lutte pour avancer. Quand un homme part en voyage très loin, il doit accepter de laisser sa
famille et tout ce qu’il connaît derrière lui pour s’adapter au nouveau monde. Un homme doit assumer ses pensées et accepter le fait qu’il pourra être perçu comme anormal dans la
société.
« God Is Only For The Dead », c’est un nom de chanson intéressant. Est-ce que tu trouves qu’il est inutile de se poser la question de savoir si
Dieu existe et qu’il faut profiter de la vie ?
Oui, c’est ce que le titre veut dire, oui. C’est clairement une de mes préférées sur l’album et elle sous-entend vraiment ce que tu viens de dire. Au lieu de
passer nos vies à nous demander comment nous serons jugés, peut-être devrions nous les vivre pleinement. Peu importe que l’on soit jugé ! Certains pensent qu’ils le seront, d’autres non.
C’est très personnel. Mais mon questionnement est : ne devrions-nous pas nous soucier de Dieu uniquement à l’approche de la mort ? C’est une idée difficile à faire avaler.
Quelle est la signification de cette pochette où l’on voit ces trois visages aux yeux masqués et au nez bouché ?
Ils représentent les visages du changement. Ils sont le passé, le présent et l’avenir.
C’est donc le même visage de gauche à droite.
Absolument.
Ça va te paraître très débile, mais on dirait que des dreadlocks leur sortent du nez !
(Rires) Ça pourrait être ça oui… Je ne sais pas trop quels rituels se pratiquaient avant, mais je suis sûr qu’il y a des gens dans le monde qui ont des
dreadlocks dans le nez !
Quel est le lien entre la vidéo pour le titre “Against the Wall”, qui se passe dans les bois, et les paroles de la chanson ?
Eh bien…. (il s’interrompt) Mais en fait comment sais-tu que la vidéo se passe dans les bois ?
Il y a un extrait sur Myspace.
Ça va alors. Je croyais que le clip était sorti et qu’on ne m’avait rien dit. Eh bien, c’est autour de l’amour entre deux personnes, tu vois ? Les bois
représentent cet endroit sale où tu ne peux pas être jugé, cet endroit où l’avis des autres ne compte pas, peu importe ce que tu as fait, ce que tu as vécu. Acceptation et désolation, c’est ce
que les bois représentent. Dans la vidéo, on voit ce couple qui mène une vie très vaniteuse, égocentrique. Puis ces deux personnages se rendent dans les bois pour se débarrasser de leur
vanité.
[NDLR : à propos d'Iron Maiden]« Je me suis senti vraiment bien juste en lisant les paroles et je suis devenu fan avant même d’avoir entendu la musique !
J’avais un album d’eux mais pas de lecteur donc j’ai lu les paroles pendant deux ou trois jours. [...] Iron Maiden parle beaucoup des mythes et de l’histoire dans leurs textes. Et au final tu te
dis : « mec, il y a des choses que tu étudies à l’école qui sont cool, parce qu’Iron Maiden en parle dans ses chansons. »"
Étant donné que tu viens d’une culture latine, comment es-tu venu au rock et au metal ?
Je suis né au Brésil mais j’ai grandi au Venezuela. Et même quand je vivais là-bas, j’entendais déjà quelques groupes à la radio. Pas des vrais groupes de metal
; j’étais encore un gamin et je ne connaissais rien au metal. Mais j’ai écouté des groupes comme Van Halen et Kiss et ça a eu un impact important dans ma vie. Il y avait des albums de Kiss et de
Van Halen dans les supermarchés – parce qu’il n’y avait pas de magasins de musique – et, de temps en temps, ils passaient à la radio. Je suis venu au hard rock très jeune. Mon père jouait dans un
groupe de rock et ma mère me passait leurs disques… Plus tard, j’ai appris que mon beau-père n’était pas mon père et que mon vrai père vivait toujours au Brésil. J’étais déjà dans le hard rock
quand je suis venu aux États-Unis. Un membre de ma famille en Europe est venu nous rencontrer et il m’a parlé d’Iron Maiden. C’était un grand fan d’Iron Maiden et moi je ne les connaissais pas.
Je me souviens de ma première impression en lisant les paroles : je me suis senti vraiment bien juste en lisant les paroles et je suis devenu fan avant même d’avoir entendu la musique ! J’avais
un album d’eux mais pas de lecteur donc j’ai lu les paroles pendant deux ou trois jours. Je crois que c’était l’album Killers. J’ai fini par mettre la main sur un lecteur, je suis allé au magasin
et j’ai acheté mes premiers albums : Killers et un album des Scorpions .
C’est intéressant ce que tu dis à propos d’Iron Maiden. On entend beaucoup de témoignages de gens qui sont devenus fans d’Iron Maiden rien que grâce à
l’imagerie, aux pochettes par exemple.
Oui. Je pense que quand tu es jeune, tu absorbes beaucoup de choses différentes car tu te cherches. Et moi aussi je me cherchais à cette époque-là. Je devais
avoir environ douze ans. Tout ce qui tournait autour du groupe m’intriguait. Les paroles, le visuel… Iron Maiden parle beaucoup des mythes et de l’histoire dans leurs textes. Et au final tu te
dis : “mec, il y a des choses que tu étudies à l’école qui sont cool, parce qu’Iron Maiden en parle dans ses chansons.” Par exemple : quand tu es gamin, tu étudies la Seconde Guerre Mondiale,
l’aviation américaine contre l’aviation japonaise, etc., et après tu écoutes une chanson comme “Aces High” ou « Rime Of The Ancient Mariner » et tu te dis “waaow !”.
Certains fans de metal, avant qu’ils le deviennent, sont généralement des jeunes qui manquent de confiance en eux. Et ce serait pour se sentir exister
qu’ils auraient besoin de cette contre-culture. C’était ton cas ?
Je dirais juste qu’un fan de metal est toujours en rébellion contre la société. Écouter du metal ou faire du metal ta musique, ce n’était pas accepté quand
j’étais gamin. C’était il y a bien dix ou quinze ans. Je crois que maintenant c’est un peu différent, si tu peux trouver des T-Shirts de Motörhead à Wallmart, c’est que c’est relativement
accepté. A l’époque, tu n’aurais jamais vu ça, tu n’aurais jamais vu de T-Shirt Iron Maiden dans un supermarché. A l’époque, j’étais vraiment en quête d’identité. Je ne savais pas qui était mon
père, je ne l’ai su que plus tard. J’étais trimbalé de pays en pays ; je n’avais que ma mère et ma sœur. Vivre dans trois pays, ne pas vraiment savoir qui était ma famille, tout ça rend
vulnérable. Je me sentais différent des autres. Je me sentais séparé du reste du monde. J’avais besoin de me trouver et le metal m’a aidé à faire ça. De nos jours, je ne sais pas trop comment ça
se passe. Beaucoup de jeunes viennent au metal parce que c’est vu comme cool. Mais quand moi je suis entré dedans, ce n’était pas cool.
Récemment, Matt Kleiber a réalisé une chronique dans laquelle il avançait que la plupart des fans de metal
sont de jeunes losers qui n’arrivent pas à plaire aux filles et qui ont besoin du metal pour se distinguer, être originaux. Qu’en penses-tu ?
(Rires) Oui, ça pourrait être vrai. Est-ce que moi-même, j’étais ce gamin ? Oui. J’étais un isolé, je n’aimais pas parler aux gens. Je dois aussi dire que quand
j’ai trouvé le metal, j’étais le seul hispanique dans une école pleine de gens qui parlaient une autre langue. Comme je l’ai dit : je me sentais vraiment isolé. Le metal m’a fait considérer cette
situation de manière positive. Mais je peux comprendre que la désolation amène à la musique extrême parce que celle-ci te conforte dans ta situation. Je crois que c’est bien que ce soit mieux
accepté de nos jours et j’espère que tous les fans de metal ne sont pas des pauvres mecs solitaires qui n’arrivent pas à plaire aux filles.
" A l’époque, j’étais vraiment en quête d’identité. Je ne savais pas qui était mon père, je ne l’ai su que plus tard. J’étais trimbalé de pays en pays ; je
n’avais que ma mère et ma sœur. Vivre dans trois pays, ne pas vraiment savoir qui était ma famille, tout ça rend vulnérable. Je me sentais différent des autres. Je me sentais séparé du reste du
monde. J’avais besoin de me trouver et le metal m’a aidé à faire ça. "
Est-il envisageable de vous voir un jour sortir un album ou du moins participer à un projet musical « latino », uniquement acoustique
?
Oui, je ne vois pas pourquoi cela ne le serait pas. Quand nous faisions l’album, on en a parlé. Le fait qu’on soit en auto-production nous laisse le champ
libre. J’ai dit à Ahrue : “mec, on a produit cet album nous-mêmes, il se vend bien, ça nous ouvre des portes pour enregistrer quand on veut. Tant qu’on a un budget suffisant, on peut venir au
studio et enregistrer”. C’est quelque chose qui nous donne plus de potentiel qu’avant.
Penses-tu que la musique d’Ill Nino soit appréciée par des auditeurs de musique latine, en dehors du metal ?
Je crois que ça dépend de la chanson. Il y a des chansons assez latines avec beaucoup de guitares acoustiques qui sont appréciées par les Latinos. Hier soir,
une amie du groupe avec qui nous partageons notre local est passée et tout ce qu’elle voulait entendre, c’était les chansons acoustiques. Il y a aussi les Latinos fans de métal qui veulent les
chansons plus heavy ! Dans la culture latino, il est intéressant de voir à quel point la musique “mainstream” est extrêmement séparée des côtés plus obscurs de la musique. Il y a des Latinos fans
de métal qui n’écoutent que Suffocation, Obituary et Ill Nino. On a des fans plus « mainstream » qui aiment nos chansons acoustiques. Cet album est très agressif et on n’a pas pu
trouver de place pour une chanson acoustique. Les fans vont devoir attendre !
Avez-vous eu des retours de métalleux que votre musique aurait poussé à écouter de la musique latine ?
Il y en a peut-être quelques-uns qui ont appris un peu d’espagnol en nous écoutant. Mais de là à se mettre à la musique latine, j’en doute sérieusement.
Peut-être que quelques personnes se sont mises à écouter autre chose mais je ne pense pas que nous orientons le métalleux américain vers la musique latine. Ça n’a jamais été notre objectif. En
tout cas, nous ne l’avons jamais voulu. Nous souhaitons juste avoir notre personnalité musicale. Beaucoup de groupes, aujourd’hui, copient les autres. Il était important pour nous d’avoir une
individualité, de l’originalité. C’est une chose que tu peux offrir au monde en tant que musicien. Soit tu entres dans le monde musical en copiant les autres et en ne proposant rien de neuf, soit
tu rentres vraiment dans la musique en te demandant qui tu es et d’où tu viens. Bien sûr, tu aimes la musique et tu veux jouer cette musique. Mais comment mets-tu ton esprit, tes sentiments et
tes expériences dans ta musique ? Je pense que beaucoup de groupes ne comprennent pas ça et ne font que copier. Même si nous avons été influencés par de grands groupes, nous avons toujours mis,
ou au moins essayé de mettre, notre personnalité dans notre musique et c’est peut être pour cette raison que nous sommes encore là dix ans plus tard. Si nous avions fait de la même manière que
beaucoup d’autres groupes ont fait dans notre genre, on ne sortirait peut-être plus d’albums aujourd’hui.
Et y a-t-il des latinos qui se sont mis à écouter du metal après avoir découvert Ill Nino ?
Ça, oui ! Et beaucoup, même ! On voulait que la culture latine se sente à l’aise avec le metal. Il y a des métalleux latinos qui sont fans de metal grâce à Ill
Nino.
Alors qui sont les plus fermés d’esprits ? Les métalleux ou les latinos ?
Si tu es un latino fan de death metal, tu es aussi fermé d’esprit que… Je ne sais pas quoi. Mais ce n’est pas ta culture d’origine qui joue sur ton ouverture
d’esprit.
Il semble que Soulfly a eu un rôle important dans votre carrière. Les touches tribales que l’on peut entendre sur vos albums sont un clin d’œil à ce groupe.
Considères-tu qu’Ill Nino n’existerait pas sans Soufly ?
Je dirais qu’Ill Nino n’existerait pas sous cette forme. On existait déjà quand Soulfly a sorti son premier album. Ce n’est pas tant Soufly que Max. A 100%. Il
m’a beaucoup influencé comme chanteur au cours de ma carrière.
" Comment peut-on faire de l’énergie nucléaire ? Et les déchets qui sont toujours radioactifs, pourquoi les met-on dans des bombes ? Tu utilises de l’uranium,
du matériel radioactif et tu oses dire à ton soldat de dix-neuf ans que cela n’a rien de mauvais ? On est bien devenu fou".
J’ai lu dans une interview que vous aviez fait votre tout premier concert devant sept cents personnes. C’est vrai ?
Oui, oui.
C’est gros quand même pour un premier concert !
C’est vrai, c’est assez gros. On a eu un bon buzz, et on a eu de la chance que Dave ait joué dans des groupes professionnels avant. On avait fait une démo avant
notre premier concert et il y avait aussi une radio au lycée qui passait nos chansons et tout. On peut dire que nous avons eu de la chance mais on pourrait aussi dire que nous avons été bénits.
Ou au bon endroit, au bon moment. Les gens ont aimé la musique et nous avons eu un premier concert fabuleux pour un groupe !
Dans la biographie du groupe, tu es décrit comme étant un latino angoissé et une âme en colère. Tu as l’air en colère contre pas mal de choses
!
Eh bien, il n’y a pas grand chose dont on peut être content ! Nous disons beaucoup de choses positives dans nos textes, il faut juste les chercher.
Est-ce que c’est cette colère qui vous inspire musicalement ?
Non. Je n’appellerais pas ça de la colère, d’ailleurs. On pourrait l’appeler de la déconnexion ou du rejet de ce que nous pouvons voir dans notre vie de tous
les jours. J’ai beaucoup voyagé avec Ill Nino et j’ai vu beaucoup de choses qui me font me demander si, en tant qu’espèce humaine, nous ne sommes pas devenus fous. Que fait-on et comment peut-on
le faire ? Comment peut-on faire de l’énergie nucléaire ? Et les déchets qui sont toujours radioactifs, pourquoi les met-on dans des bombes ? Tu utilises de l’uranium, du matériel radioactif
et tu oses dire à ton soldat de dix-neuf ans que cela n’a rien de mauvais ? On est bien devenu fou. Le sens de nos paroles est de toujours essayer de garder quelque chose de positif et une
vision positive du futur. Tous nos albums ont ça quelque part, en sous-entendu. Mais je crois que le dernier album est plus raffiné et plus perfectionné.
Dernière question : le nom Ill Nino fait référence à un ouragan donc au danger, mais signifie également « enfant malade ». Est-ce que vous vous
voyez comme une bande de gamins dangereusement fous ?
Probablement. Je crois que tu as raison. On est probablement des gamins dangereusement fous ! A la base le nom du groupe faisait référence à l’enfant malade, à
nous, nous en tant qu’espèce humaine malade. Nous avons cette maladie. Je ne sais pas comment elle s’appelle, moi je l’appellerai la folie. J’essaie de ne pas être aussi fou que je le suis
vraiment.
Eh bien, merci beaucoup pour l’interview.
Tes questions étaient vraiment bien ! On vient dans quelques mois en Europe, on se verra en France ! Merci mon pote !
Interview réalisée en novembre 2010 par phoner.